« aimer ses ennemis ! »

Edito pour le dimanche 24 février 2019«  aimer ses ennemis ! »

Si nous n’avons pas tous des ennemis, nous savons que nous pouvons rencontrer des gens qui font du mal.

Il me semble important de rappeler, particulièrement aux plus jeunes, aux plus vulnérables, qu’il est très important de se défendre, de prendre au minimum les moyens de se protéger. Nous ne voyons que trop, ce que peux représenter le scandale du pardon de l’offenseur, sans la dénonciation du mal et la protection du faible. Sublimer le pardon peut conduire la victime à s’emmurer dans le silence et la souffrance. Il faut oser dénoncer le mal, comme il faut oser s’en ouvrir à ceux qui peuvent nous en protéger !

Toutefois, Jésus nous enseigne d’aimer nos ennemis. Alors comment comprendre cette injonction inaudible ?

Le jeu de l’ennemi, c’est l’enchaînement de la violence. L’ennemi m’entraîne à revenir sans cesse à ce qu’il m’a fait et à imaginer ce que je vais lui faire en retour, si je consens à son jeu. Il m’enferme dans une logique du mal, fondée au minimum sur la loi du talion qui conduit au donnant-donnant. Cette loi est déjà un progrès parce que souvent, nous voulons aller plus loin. Finalement, nous en venons à nous comporter comme l’ennemi et nous finissons par lui ressembler.

Le Christ nous invite à regarder l’ennemi avec le regard de Dieu. Un regard habité par l’espérance. Non pas en rendant coup pour coup, mais en nous engageant sur le chemin de la rencontre qui puisse permettre un chemin de réconciliation qui humanise.

« Aimez vos ennemis ». À chacun d’inventer sa manière d’imiter un Dieu qui est venu aussi pour les méchants. « Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ! ». Par la venue parmi nous de son Fils, nous devenons à notre tour des « fils du Très Haut ». En pardonnant à ceux qui nous font du mal, nous témoignons que le Dieu de miséricorde est là au cœur d’un monde marqué par le rejet de l’autre, par le mépris. À l’instar de Jésus lui-même, le disciple fait rayonner dans le sombre pays de la violence, la lumière de l’amour divin, en cherchant cette marque divine au fond de toute personne.

Aimer nos ennemis nous fait vivre en proximité avec Dieu, parce que notre regard sur le malfaisant s’illumine par la contemplation du miséricordieux.

Père Benoît Bourgoin