En route vers Noël

Chers amis, nous allons dans quelques jours vivre une nouvelle année liturgique. Dans ce climat de l’Avent retentit une invitation à la vigilance pour nous tenir prêt à accueillir les signes de la venue de notre Sauveur dans le monde. Je souhaite vous exprimer mes pensées affectueuses et mes vœux d’une année nouvelle, heureuse et joyeuse, renouvelée par l’accueil de la présence du Ressuscité dans nos vies. 

Pour ma part cette période de l’Avent sera marquée par une entrée à l’hôpital saint Antoine, pour recevoir une chimiothérapie suivie d’un tout nouveau protocole dit « Card-T cell ». Une nouvelle année que j’espère marquée par une santé retrouvée. Je mesure la chance de profiter de tant d’attention, de science et de soins de la part du monde hospitalier. Ne sachant pas si j’aurai l’énergie de vous adresser un petit mot à l’approche de Noël, je me décide à vous envoyer dès maintenant  cette lettre.

Depuis quelques semaines, je me suis vu entrainé dans une succession de déboires : perte et vol de téléphone, de carte bleue, piratage de mon ordinateur, etc… Tout cela m’a fait prendre conscience que je suis dépendant d’une technologie extraordinaire mais qui me rend vulnérable au moindre accident ou dérapage. Cela n’aide vraiment pas au repos quand on se sent très fatigué !

Bientôt de retour à l’hôpital, je m’interroge sur ma manière d’être fidèle du Christ. Je ne suis pas sûr que tous ces séjours à l’hôpital m’aient aidé à être un meilleur priant. Pour moi en tout cas, la fatigue, l’angoisse, l’insomnie, la douleur parfois, la peur … sont des compagnons qui m’éloignent de la présence avec le Seigneur. J’ai fait parfois cette confidence à mes vieux maîtres, à qui je dois tant, ils se renaitront «  Père, j’essaie d’être chrétien ». Je n’oublie pas combien l’amitié est un support, une aide précieuse et de cela je vous en remercie encore.

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Le Pape François compare souvent l’Eglise à un hôpital de campagne. Dans cette chambre d’hôpital, je reçois une image de l’Eglise. L’Eglise comme l’hôpital sont deux corps malades, deux corps en crise dont il faut prendre soin. Notre Eglise comme l’hôpital ont eux-mêmes pour vocation de prendre soin d’une société, d’une humanité elle-même malade. Je ne connais pas toute la richesse de la pharmacopée, mais je sais combien la qualité de présence,  la dextérité du geste et la délicatesse du soin de l’infirmière sont importants pour le malade. Il me semble qu’il y a là un exemple à retenir pour le service du soin que nous avons vocation à rendre pour tout le mal-être que notre époque dénonce à travers l’écologie, la finance, le travail, la famille… Il y a une urgence à considérer l’autre avec gratuité,  lenteur et tendresse. Il y a une urgence à vivre en proximité et solidarité pour porter avec l’autre son fardeau.

Tous les jours dans cette chambre d’hôpital, je vis une liturgie non confessante. Toute de blanc vêtue,  la personne qui assure la propreté de la chambre, refait le lit après une nuit agitée, apporte le repas, l’aide soignant qui veille à prendre les « constantes » de ma santé et à répondre au moindre appel, l’infirmière, les médecins avec une hiérarchie toute cléricale, de l’interne au professeur chef de service, comme celle du sous diacre à l’archevêque. 

Mais dans tout cela il y a un vrai service du malade, pour la vie, en ce sens il est « eucharistique », tout est entrepris pour aller vers la Vie.

Cette liturgie a un autel et une offrande.

L’Autel, pour moi, c’est le lit autour duquel se rassemblent tous ces « clercs ».

L’Hostie c’est ce corps déposé sur ce brancard, sur ce lit. De la même manière que le pain et le vin sont déposés sur l’autel, l’offrande devient féconde par un mémorial et une épiclèse, une invocation à l’Esprit.

La nature du pain et du vin ne change pas, mais pris dans le mouvement de l’amour du Christ qui s’offre et s’abandonne, il devient consubstantiel au Christ. « Nous te supplions Dieu, de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons pour qu’elles deviennent le corps et le sang de ton Fils ».

Nous tous sommes appelés à devenir Hostie. Nous le demandons à chaque messe !

Que l’Esprit Saint fasse de nous, de moi, une éternelle offrande à ta gloire, pour que nous obtenions un jour les biens du monde à venir, auprès de la Vierge Marie, Saint Joseph son époux, avec les Apôtres, les martyrs, et tous les saints.

Je fais mienne cette prière en invoquant l’Esprit saint sur chacun de vous, de nous. Que grandisse en nous le désir de devenir une vivante offrande pour la gloire de Dieu. 

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Il y a deux mille ans, dans la ville de la « maison du pain » « Bethléem », un corps a été déposé dans une mangeoire, il nous dit la présence de Dieu dans la vulnérabilité que nous retrouvons dans cette humanité fragile d’une personne addicte, d’un prisonnier, d’un migrant, d’un malade, d’un mendiant, d’un frère. Alors quand nous allons visiter une personne empruntons les pas des Mages.

Comme Gaspard, il nous faut déposer l’offrande de l’encens, autrement dit l’offrande de notre prière pour la création, le monde éprouvé, l’humanité blessée.

Comme Melchior, nous pouvons déposer humblement l’or, autrement dit nos possessions dont l’écologie nous rappelle notre usage parfois désordonné.

Comme Balthazar, apportons la myrrhe, ce parfum subtil utilisé pour embaumer les morts, qui nous rappelle l’importance dans nos temps de crise,de la force de l’espérance.

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Que les Mages nous ouvrent la route pour cette année nouvelle !

Avec toute mon amitié.

Benoît