Homélie 1er Janvier 2019 – Solennité Marie, Mère de Dieu, et Mère de l’Église

L’évangile, proclamé en ce jour, est la continuité de celui qui a été proclamé dans la nuit de Noël, l’annonce faite aux bergers.

Au cœur de ce passage bien agité, avec la venue des bergers, , il y a un grand calme : « Marie retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. »

« Marie gardait avec soin toutes les choses dites et les retenaient dans son cœur. » Le mot traduit par “méditer” ou “retenir” est “συμβάλλω” (sumballo) dont le sens premier est “se rencontrer avec” et qui a donné le mot symbole.

Dans la lumière de Noël, dans la lumière de ce mystère de l’incarnation. Nous voyons Dieu qui vient d’entrer dans le temps. Jésus, l’Emmanuel, c’est Dieu qui entre dans le temps des hommes. Et en Marie, nous voyons une femme qui est en train d’entrer dans le temps de Dieu.

«Marie retenait toutes ces événements et les méditait dans son cœur». Désormais, pour Dieu, pendant trente ans, chaque instant sera humain, banal.

Et pour cette mère chaque instant sera nouveau, unique, divin.
Elle fera tout, au jour le jour, comme n’importe quelle femme, comme n’importe quelle maman. Les mêmes gestes toujours répétés, toujours semblables et pourtant pour elle tout sera nouveau.

Tout instant sera lourd d’éternité. Donner le bain à l’enfant, préparer sa nourriture, l’endormir chaque soir…

Tout sera fait pour Dieu, en Dieu à chaque instant.

Présence tellement intime, tellement proche, qu’on ne peut pas en parler, on garde en son cœur, en silence, le secret inconcevable.

A Nazareth, on vit le mystère de cette présence.

Chaque instant désormais est prière ; Marie entre dans le temps de Dieu. Pour elle, chaque instant devient un appel, une parole de son Dieu. Elle relit dans son cœur chaque instant, comme on épèle les mots d’une phrase, qui peu à peu, mot à mot, prend sens.

Marie n’anticipe pas. Chaque instant est à accueillir pour lui-même dans sa nouveauté. Chaque mot, chaque événement doit être reçu dans un cœur vierge. On ne va pas plus vite que le temps de Dieu. On ne coupe pas la parole à Dieu. On écoute ce qu’il veut dire à chaque instant.

«Marie retenait toutes ces événements et les méditait dans son cœur» (Lc 2,19).

Le mot «méditer» dans l’évangile évoque le geste de rassembler les morceaux disjoints d’un objet; chaque événement est une pièce du puzzle.

Sans le regard de foi, on ne peut en percevoir le sens,
mais au creuset d’un cœur qui prie, un cœur qui s’habitue à écouter Dieu dans le silence, chaque événement peut prendre sens peu à peu, comme les pièces d’un puzzle
qui finissent par dessiner un visage.

Il y a en Marie, une attention à chaque événement, comme on prend soin de chaque pièce du puzzle, et en même temps il y a en Marie, une très grande patience. Elle laisse Dieu construire.

Elle reste trente ans avec Jésus sans vraiment comprendre tout de ce visage qui se dessine, sans voir apparaître en lui les traits du Messie promis par l’Ange (Lc 1,32).

Marie consent au temps de Dieu. Elle attend. Elle sait qu’elle ne sera pas trompée mais qu’il faut attendre pour laisser Dieu dire son dernier mot, dans le dernier événement même quand tout semblera fini.

Marie entre dans le temps de Dieu. C’est-à-dire finalement dans le temps de la foi, dans le temps où tout est possible, possible non pas à nous, mais à Dieu (Lc 1,37), où tout instant est précieux, où tout instant est un commencement.

Alors, frères et sœurs, si nous sommes là, c’est bien parce que nous avons pressenti que cette année serait vraiment «nouvelle» et que cette nouveauté se reçoit dans la prière de Dieu, qui fait toutes choses nouvelles (Ap 21,5).

Oui, frères et sœurs, avec Marie, entrons dans le temps de Dieu, dans ce temps que nous ouvre la porte de la prière.

À chaque moment mettons-nous sous le regard du Christ Accueillons la présence quotidienne de Jésus, alors ce n’est pas seulement le début de cette année, mais chaque instant de cette année qui pourra devenir nouveau.

Il est de tradition de faire des vœux en ce début d’année.

Permettez-moi, de vous présenter les miens, que « Chaque incident, chaque événement, chaque souffrance comme chaque joie soit un sacrement qui donne Dieu. »

Qu’il en soit ainsi, pour chacun et chacune d’entre nous, tout au long de cette nouvelle année.